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Face à la mort - La mort des "Perses"

Au village « vtoroj ucastok » le brassage des populations est tel que vivent en bonne harmonie Lituaniens, Polonais, Chinois, Iraniens, Allemands. Les Iraniens que les Lituaniennes appelaient romantiquement les « Perses » venaient de la haute société et se distinguaient par leur élégance et leur liberté d’opinion. Ils n’ont pourtant pas pu, ou pas voulu, s’adapter aux rudes conditions de l’exil. Anatolij nous livre ici le récit tragique de leur mort, ajoutant que par la suite, cet épisode a longtemps hanté ses nuits:

Un matin de décembre, on envoie quatre « Perses du Caucase » amaigris et vêtus de haillons, abattre la forêt. On leur donne des instruments. Anatolij a pour mission de les conduire jusqu’au chantier et de revenir plus tard comptabiliser le bois abattu. Ils parcourent environ un kilomètre dans un froid glacial, les Perses ont du mal à suivre la cadence. Une fois sur place, Anatolij leur explique ce qu’ils doivent faire dans un mélange de russo-chinois-lituanien. Les Perses n’ont qu’une obsession: se réchauffer, alors Anotolij fait du feu et leur laisse quelques bûches en provision. Il les abandonne ainsi à leur tâche pour poursuivre sa tournée des chantiers. A la tombée de la nuit, Anatolij revient les chercher, mais ne voyant plus de fumée, il commence à s’inquiéter. Il se dit qu’ils sont peut-être partis. Une fois de retour sur les lieux, il les retrouve assis, figés par le gel. Il étaient tous morts de froid.

En relégation, la mort est quotidienne et il faut apprendre à s’en accommoder quelle que soit la saison. A plusieurs reprises, Anatolij est amené à transporter des corps en plein hiver pour procéder à l’éprouvant rituel de l’enterrement. Il raconte une de ces « opérations »: les corps des défunts étaient transportés à cheval jusqu’au cimetière de Postkeros. Les convois avaient lieu une à deux fois par jour. Une fois sur place, il fallait tout d’abord dégager la neige, puis creuser à la hache, ce qui était très dur dans les conditions du permafrost. Il creusait, puis recouvrait le corps de neige. Les complications arrivaient avec le printemps, lors de la fonte des neiges. Les chiens errants et affamés venaient se servir là, avant que les Chinois n’arrivent à leur tour pour chasser ces chiens dont ils se nourrissaient. Alors on appelait les kolkhoziens à la rescousse pour qu’ils viennent enterrer une seconde fois les corps entamés par les chiens.