Біографії

Jonas  VOLUNGEVIČIUS


Jonas Volungevičius naît en 1940 dans le village de Kabeliai, au sud de la Lituanie. À sa naissance, son père purgeait une peine de 10 ans comme prisonnier politique. Jonas ne verra son père qu’une seule fois, à l’occasion d’une visite à la prison, en Biélorussie, avec sa mère. Expulsés de chez eux par les autorités soviétiques, il vit avec sa mère, plusieurs années, dans les maisons abandonnées des familles déportées.

À la fin de ses études secondaires, Jonas entre au conservatoire de musique et travaille en même temps. À Vilnius, il rencontre d'autres jeunes «préoccupés par le destin de la Lituanie» et, dès 1963, il participe aux activités contre le pouvoir soviétique en organisant diverses manifestations clandestines (lettres antisoviétiques pour les étudiants baltes, diffusion de dessins antisoviétiques, etc.). En 1966, il est arrêté et condamné à 4 ans de travaux forcés dans les camps de Mordovie. À son retour, il ne «se calme pas» et  reprend ses activités antisoviétiques. En 1978, avec d’autres dissidents il crée une organisation Lietuvos laisvės lyga (Ligue pas pour la liberté de la Lituanie). Harcelé par le KGB, il continue son combat jusqu’à l’indépendance de la Lituanie en 1990.

L'entretien avec Jonas Volungevičius a été conduit en 2009 par Jurgita Mačiulytė.

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Un retour difficile

Pour trouver du travail, c'était très difficile. Je suis allé dans d’innombrables entreprises et usines. Les connaissances et les amis d'école ont aussi essayé de m'embaucher. Partout on était bloqué dès qu'on avait à faire au service du personnel. Partout ils disaient : on n'a pas besoin. Par exemple, à l'usine d'ordinateurs, où j'avais quelqu'un de la famille, ils m’ont demandé au service du personnel : tu es donc rééduqué ? Je répondais que ce n'était pas leur affaire, il y en avait d'autres qui s'occupaient de ma rééducation, moi je venais pour chercher du travail. Je suis allé chez un chef d'atelier à l'usine d'ordinateurs. À l'époque, ils avaient besoin de gens capables de faire des activités culturelles, c'était à la mode, ils avaient besoin de musiciens, chanteurs, etc...  je suis allé au service du personnel...et eux... Une nouvelle usine était en train d’être créée, une usine de pharmaceutique. A l'époque, ils manquaient d’ouvriers. Là-bas, on m'a dit : chez nous il y a beaucoup de jeunes, nous n'avons pas besoin de gens comme vous, dangereux. Je suis allé au Théâtre de l’opéra et du ballet. Là-bas, ils m'ont dit : venez dans trois jours, nous allons demander l'avis du KGB. Ils ont parlé ouvertement, ils étaient probablement encore inexpérimentés. Je suis revenu trois jours plus tard, ils m'ont dit : non, c'est négatif. Je suis allé à l'Académie de musique, le recteur Karnavičius m'a dit : bien volontiers, si vous apportez une autorisation du KGB. Donc cela a encore été négatif. Finalement, je me suis fait embaucher à l’usine des beaux-arts, mais au deuxième essai. Le chef du service du personnel, une jeune femme, voulait vraiment m'aider. Elle m’a dit : voilà, le directeur est tout juste rentré de France, je vais lui poser la question. Puis elle est revenu et m'a dit : non, il n'est pas d'accord. Elle m'a dit d’essayer de trouver ailleurs et, si ça ne marchait pas, de revenir la voir, peut-être on trouverait quelque chose. Je suis parti, j'ai cherché encore dans quelques endroits. Et de nouveau là-bas, un peintre m'a dit qu'il essaierait encore de parler au directeur. Cette fois ça a marché et je me suis installé à l’usine des beaux-arts.

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La vie quotidienne dans le camp

«Les loisirs... On travaillait six jours. Le plus souvent par équipes, il y avait trois rotations. On fêtait Noël, la veillée de Noël, sans le montrer, en silence. C’était surtout quand s'approchaient les fêtes catholiques que la surveillance se faisait plus forte, il fallait donc tout faire en silence. Pour les loisirs, les dimanches, c'était souvent le basket, c'était toujours populaire. On organisait des matchs, “internationaux” comme on disait, parce qu'il y avait des équipes lituaniennes, lettones, russes, estoniennes, ukrainiennes... on faisait des matchs “internationaux”... puis, on discutait politique, comme on dit, bien sûr...»

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Actions clandestines (1963)

Je suis entré à l’école de musique Juozas Tallat-Kelpša. Dès le début de mes études, j'ai fait de nouvelles connaissances… comme les jeunes parlent de toutes sortes de sujets… je ne me souviens plus comment, mais nous nous sommes rencontrés… des gens avec les mêmes idées. Il nous arrivait de réfléchir au destin de la Lituanie, le destin de notre peuple. Nous sommes arrivés à la conclusion qu'il fallait faire quelque chose, soi-disant sauver la patrie. Pour les jeunes ça parait assez facile, le courage ne manque pas. Au début, avec mon camarade Alvydas Šeduikis, nous avons écrit des lettres aux étudiants des universités lettones et estoniennes, puis nous les avons envoyées. Nous les avons imprimées dans les locaux de l'administration de l’école. Il était le responsable du syndicat là-bas, moi, j'étais le responsable du conseil du foyer des étudiants. C'est grâce à cela que nous avions accès à la machine à écrire. C'était en 1963, le début de notre activité. Après, l'année suivante, à la veille du 16 février, nous avons décidé de distribuer des dessins. Nos amis d'études Airė Gudelytė et Algis Kaliūnas (qui d'ailleurs avait été un déporté) ont fait des dessins sur des thèmes antisoviétiques, comme par exemple la carte de la Lituanie avec une grande botte dessus, une autre carte entourée de barbelés... Ces dessins, nous les avons distribués, nous les avons collés sur une colonne près de l'Université, rue Donelaičio, sur la tour du clocher de la Cathédrale... Telle a été notre deuxième action. Puis, déjà en 1966, nous  avons décidé d'élargir le champ d'actions. Nous avons écrit des appels, mon ami Alvydas Šeduikis (qui plus tard a été jugé avec moi) les a reproduit en les photographiant, il en a fait environ 200 copies. J'ai encore appelé mon cousin Jonas Šestavickas pour qu'il porte ces lettres mises sous enveloppes dans les universités (l'Académie de musique, l'Université, l'Université pédagogique), les boîtes aux lettres, les cabines téléphoniques, nous les avons distribuées assez largement...